Indignation, mécontentement, exaspération, fureur, rage, agacement, énervement, impatience, irritation, furie, emportement, irritabilité, susceptibilité, horripilation… Ou encore ressentiment, haine, amertume, rancœur, agressivité, dépit, animosité, irritation, hargne, rancune, aigreur, mauvaise humeur, etc. Chacun d’entre nous a déjà ressenti cette palette de dérivés de la colère. En occident, la colère est considérée comme une émotion. Elle est définie comme une réaction violente accompagnée d’agressivité et due à un profond mécontentement. Aujourd’hui, je vous propose d’étudier le point de vue du bouddhisme. Que nous dit Bouddha à propos de cet état d’esprit ?
Qu’est-ce que la colère selon Bouddha ?
D’après le bouddhisme, la colère est :
1/ une perturbation mentale ;
2/ qui exagère les aspects désagréables de l’objet observé, le considère comme indésirable et désire lui faire du mal.
👉Qu’est-ce qu’une perturbation mentale ?
Dans son ouvrage « Comment comprendre l’esprit », Guéshé Kelsang Gyatso nous explique qu’une perturbation mentale est « un facteur mental qui provient de la focalisation inappropriée et dont la fonction est de rendre l’esprit agité et incontrôlé. »
Avec cette définition, nous pouvons donc comprendre :
- la cause de nos perturbations mentales (une focalisation inappropriée) ;
- la conséquence de nos perturbations mentales (un esprit agité et incontrôlé).
Quelle est la cause de notre colère ?
Il est ici primordial de contempler ceci : la cause de la colère n’est pas présente dans l’objet observé, mais dans notre esprit.
Lorsque mon enfant me demande « Pourquoi cette dame se met en colère ? », j’observe que j’ai tendance à lui répondre par exemple « parce que cette personne lui a mal parlé ».
Pourtant, face à une même situation, tout le monde ne réagit pas de la même façon. Tout simplement parce que la cause de la colère est dans l’esprit de celui qui se met en colère et non directement dans la situation.
La cause de la colère est la focalisation inappropriée.
En voici le mécanisme tel que je le comprends : 👇
Lorsque l’esprit perçoit un objet, le facteur mental « focalisation » est toujours présent. Mon esprit se fixe sur un attribut particulier de l’objet.
Lorsque la colère se manifeste par rapport à un objet observé, c’est parce que, à la suite d’une sensation désagréable chez moi, l’esprit s’est fixé de manière incorrecte sur un attribut particulier de l’objet, cette caractéristique prenant toute la place dans mon esprit.
🔍Dans mon exemple d’une dame qui se met en colère face à une personne qui lui parle mal, que se passe-t-il ?
Une mauvaise parole. Une sensation désagréable au contact de cette mauvaise parole. Une focalisation inappropriée liée au ressenti désagréable : « cette personne est malpolie ». Je vous passe les éventuelles insultes dans la tête de la dame…
À cet instant, dans l’esprit de cette dame, la personne qui lui a mal parlé est une biiiiiiiiiiip… et elle n’est QUE ça. C’est une mauvaise personne qu’il faut éviter et à qui elle veut faire du mal en retour.
Peu importe que cet alter ego en face d’elle soit par ailleurs très généreux ou très sensible. Peu importe les raisons pour lesquelles elle a mal parlé (ses propres perturbations mentales…). Peu importe tout le reste ! Il n’existe plus que cette sensation désagréable, cette focalisation inappropriée et ce désir de lui faire du mal.
C’est ainsi que la colère naît dans notre esprit et peut se diriger contre n’importe qui et n’importe quoi : quelqu’un en retard, les bouchons, le mauvais temps, un proche, etc.
Quelle est la première conséquence de la colère ?
Un esprit agité et incontrôlé ! 😡
Guéshé Kelsang Gyatso nous explique ainsi que « la colère n’a pas d’autre fonction que de nous faire du mal, et parmi toutes les perturbations mentales, c’est elle qui est la plus nocive et la plus destructrice. »
Il nous dit même qu’elle nous vole notre bonheur.
Nous avons déjà observé dans l’article sur l’amélioration de son quotidien que nous sommes bien lorsque notre esprit est paisible et que nous sommes mal lorsque notre esprit est agité.
En effet, quel est le seul point commun de tous les moments où je me sens vraiment bien ?
Ce point commun est le suivant : mon esprit est calme et paisible.
Le calme de mon esprit, c’est-à-dire l’absence d’agitation mentale, est une expérience profonde de bien-être.
Je me sens bien quand mon esprit est en paix.
À l’inverse, un esprit agité est source de souffrance intérieure.
Que fait la colère ? Elle agite mon esprit, et ainsi me fait souffrir. Et finalement, ce n’est pas cette personne qui me parle mal qui me fait le plus souffrir, mais la colère qui perturbe la paix de mon esprit.
Peut-on abandonner la colère ?
Pour les bouddhistes, oui. C’est même une nécessité première si nous souhaitons connaître une paix durable de l’esprit. C’est un poison mental dont nous devons nous débarrasser.
👉Comment faire ?
1/ Méditer sur ses opposants : l’amour et la patience. (🧘♀️voir ma méditation sur l’amour altruiste)
2/ Contempler les défauts de la colère et comprendre que nous n’avons pas besoin d’elle dans notre vie.
3/ Prendre chaque matin la ferme décision de ne pas se mettre en colère ce jour-là.
4/ Changer la focalisation lorsque l’on sent un début d’irritation ou de contrariété.
🔍Et pour aller plus loin 🔍
📖À lire sur le blog : Comment gérer sa colère ?
🎧À écouter : Podcast Sagesse quotidienne : « Revêtir l’armure de la patience »










