De la toute petite irritation à la grande fureur, la colère est un ressenti particulièrement désagréable. Elle nous fait souvent perdre le contrôle, voire la raison. Les dents et les poings serrés, le rythme cardiaque qui s’emballe, je deviens toute rouge et une énergie difficilement contrôlable s’empare de moi. Quelle tempête ! C’est souvent si désagréable que ma seule obsession devient le fait de la faire cesser. Pour cela, je me concentre la plupart du temps sur l’événement extérieur ou la personne qui a pu la déclencher. Est-ce la bonne façon de procéder ? N’y a-t-il pas une autre façon de voir les choses et ainsi une autre solution ? Surtout dans nos relations avec nos proches. Et quel est le problème avec la colère ?
Je suis en colère : d’où vient le problème ?
Le matin, je vais souvent marcher avec des copines après avoir déposé nos enfants à l’école.
Aujourd’hui, ce n’était pas prévu, mais l’une d’elles me propose de l’accompagner. Elle a besoin de prendre l’air pour se calmer car elle est sur les nerfs.
Elle est en RTT et pour une fois qu’elle avait le temps d’amener ses enfants à l’école, tout a été compliqué et nul. Sa fille ne voulait pas s’habiller, pas se brosser les dents. Elle jouait. Résultat : tout le monde est en retard et énervé. Ils avaient prévu d’aller à l’école à pied tout content. Ce sera en voiture et en colère !
Cette situation me renvoie directement à des expériences que je vis aussi régulièrement, pas vous ?
Surtout avec les enfants. Quel parent n’a jamais ressenti de la colère quand les choses ne se passent pas comme il voudrait ?
Notre expérience intérieure est alors très agitée et très désagréable. 🤯
Et comme pour tout le reste, nous estimons qu’il y a un problème extérieur (notre enfant ne fait pas ce qu’on lui demande par exemple) qui est la seule cause de notre énervement.
Nous croyons que si nous résolvons cette difficulté extérieure, le problème sera réglé.
[En soi, effectivement, si mon enfant m’obéit je ne serai plus en colère et j’aurai l’impression que le problème est solutionné. Mais le problème intérieur de la colère ne sera pas réglé pour autant. D’autres situations de ma vie viendront immanquablement me mettre en colère. Et je ne pourrai pas toutes les contrôler tout le temps !]
Alors, croyant que la cause principale de notre colère se situe à l’extérieur, nous essayons de résoudre le problème en cherchant comment faire pour que notre enfant nous obéisse.
Sauf que le véritable problème, c’est mon vécu intérieur. C’est lui que je dois (et que je peux) modifier pour que l’expérience soit moins désagréable. Et cela ne m’empêchera pas de demander à mon enfant de faire ce que je lui demande, mais avec un esprit apaisé.
Alors, j’ai réfléchi à ce qui pourrait changer radicalement mon ressenti dans ces moments-là.
Comment faire pour demander à mon enfant de s’habiller, mais avec amour plutôt qu’avec colère ou impatience ? Et comment faire pour garder l’esprit en paix même s’il refuse de faire ce que je lui demande ?
👉Voici une solution : me reconnecter régulièrement, tout au long de la journée, à l’impermanence. Je peux mourir aujourd’hui.
Le souci est une fois de plus cette pensée qui m’habite du matin au soir : « Je ne vais pas mourir aujourd’hui ». Elle m’éloigne de ce qui est véritablement important.
Pour aller plus loin sur ce thème : Comment Faire les Bons Choix grâce à l’Impermanence ?
Si je meurs aujourd’hui, quelle dernière interaction voudrais-je avoir avec mes enfants ?
Un interaction sous le signe de la colère ou sous le signe de l’amour ?
Sous le signe de l’amour bien entendu ! 🥰
Remplacer cette pensée « je ne vais pas mourir aujourd’hui » par « il se peut que je meure aujourd’hui » pour transformer et améliorer petit à petit chaque instant de ma vie est possible.
Développer une sagesse pratique qui nous permette de vivre un quotidien plus doux est à notre portée dès maintenant.
Pourquoi doit-on apaiser sa colère ?
Peut-être pensez-vous que la colère est utile et que nous ne sommes pas obligés de vouloir la calmer à tout prix.
Pourtant selon le bouddhisme c’est une perturbation mentale qui n’a que des défauts et qu’il faut abandonner.
Guéshé Kelsang Gyatso nous l’explique très bien dans « Comment comprendre l’esprit ».
Principalement :
- elle est source de souffrance et de douleur. « Nous pouvons être allongés sur un lit très confortable ou manger des mets délicieux, mais si nous sommes en colère, notre esprit ressent de la douleur ».
- elle est mauvaise conseillère et nous rend agressif.
« En bref, la colère rend notre esprit agressif et incontrôlé, elle nous vole notre bonheur et dérange les autres. En contemplant ces points, nous prenons la ferme décision de ne jamais nous mettre en colère. »
Voici une histoire très émouvante et inspirante de ce point de vue que j’ai lue dans le livre « La transformation intérieure » de Sadhguru.
Elle me paraît utile pour comprendre que la colère n’est pas un bon guide.❌
« Au début de la Seconde Guerre mondiale, un détachement de soldats allemands fait irruption dans une maison en Autriche.
Ils emmènent les parents séparément et les deux enfants, une fillette de 13 ans et un garçon de 8 ans, sont conduits à la gare ferroviaire. Pendant qu’ils attendent le train avec d’autres enfants, les garçons commencent à jouer. Le temps du jeu, comme savent si bien le faire les enfants, ils ne se préoccupent pas de ce qui les attend.
Un train de marchandises entre en gare et les soldats commencent à entasser tout le monde à l’intérieur. Une fois dans le train, la petite fille remarque que son frère a oublié ses chaussures.
C’est un hiver autrichien particulièrement rude. Sans souliers on peut vite avoir les pieds gelés. La fillette se met en colère. Elle secoue son petit frère, lui tire les oreilles et le maltraite. «Espèce d’idiot ! On n’a pas assez d’ennuis comme ça ? On ne sait pas où sont nos parents, on ignore où on va et tu crois que c’est le moment de perdre tes chaussures ? Qu’est-ce que je vais faire de toi ? »
À la gare suivante, garçons et filles sont séparés et c’est la dernière fois que la sœur et le frère se sont vus.
Trois ans et demi plus tard, libérée d’un camp de concentration, elle découvre qu’elle est la seule survivante de sa famille. Tous ses proches ont disparu, y compris son frère. Tout ce qui lui reste, c’est le souvenir de ces mots cinglants qu’elle lui a adressés la dernière fois qu’elle l’a vu.
C’est alors qu’elle prend une décision qui va changer sa vie : « Peu importe qui je rencontre, je ne parlerai plus jamais à personne d’une manière que je regretterai plus tard, parce que cette rencontre pourrait être la dernière. »
Elle aurait pu passer sa vie entière dans l’accablement et le remords, mais elle a pris cette simple décision qui a complètement transformé sa vie.»
Nous pouvons nous aussi transformer notre vie dès maintenant en prenant la même décision…
Concrètement comment gérer sa colère ou sa frustration avec ses proches ?
Fermement convaincus des défauts de la colère, dès que l’on ressent un certain agacement en contact avec un proche, voyant rouge ! 🛑🛑🛑
Et si c’était la dernière fois que je voyais cette personne ? Est-ce que c’est comme ça je voudrais que ça se passe ?
Est-ce qu’il n’y a pas mieux à faire que de me laisser emporter par mon pilotage automatique ?
Au-delà des paroles prononcées et des gestes effectués, adopter plus souvent un état d’esprit tourné vers l’amour et vers l’autre sera inévitablement une véritable source de bien-être et de paix.
L’amour (le vrai) apaise toujours l’esprit. 🧘♀️
Je vous laisse méditer sur ce point !
🎧À écouter pour aller plus loin :
Podcast Sagesse quotidienne « Quelles sont les vraies causes de la souffrance ?«










