« Un égoïste c’est quelqu’un qui ne pense pas à moi » d’après Eugène Labiche. Et c’est exactement ça. Vu comme une personne se préoccupant principalement de ses propres intérêts au détriment des autres, l’égoïste est plutôt mal vu. Les autres sont tous des égoïstes puisqu’ils ne font pas attention à moi. Mais qu’en est-il de moi ? Je m’occupe de mon grand-père malade. Je ne compte pas mes heures au travail. Je suis toujours là pour mes amis. Je suis altruiste. Je suis quelqu’un de bien. Je ne suis pas égoïste. Mais quand je suis toute seule avec moi-même, suis-je capable de regarder honnêtement cette question : suis-je égoïste ?
Observer honnêtement ses intentions
Il est temps d’examiner attentivement et honnêtement les raisons pour lesquelles nous agissons comme nous le faisons.
Mon fils bouge beaucoup la nuit. Cette nuit il s’est retrouvé pas loin du pied du lit, prêt à tomber s’il tournait du mauvais côté.
Qu’ai-je fait ? J’ai déposé des coussins au pied du lit pour amortir la chute s’il tombait.
En apparence, il n’y a pas de problème avec ça. Cela paraît même être une action motivée par l’amour pour éviter à mon enfant de se faire mal.
Et pourtant…
Si j’examine attentivement tout ce qui m’est passé par la tête à ce moment-là, je me rends compte que cette attitude n’est pas si altruiste que cela.
Voilà ce que j’ai pensé :
- s’il tombe, la nuit risque d’être écourtée
- et il risque de se faire mal.
Conséquences :
- MA nuit sera raccourcie,
- il va ME faire galérer demain matin car il sera fatigué et ne voudra sans doute pas aller à l’école.
Allez hop je mets des coussins pour éviter tout ça.
Je n’ai pas agi par souhait de le protéger directement, mais par souhait de ME protéger indirectement. Pourquoi je me soucie de lui ? Principalement, parce que sa vie m’affecte directement.
Et des exemples comme celui-ci j’en ai à la pelle.
Mon mari dit souvent à notre fils « tu as de la chance, elle est gentille ta maman. »
Avant je le croyais. Je croyais que j’étais gentille. Si je suis parfaitement honnête, je ne peux plus être d’accord avec cela.
Je me rends compte que ce n’est pas de la gentillesse, mais de la faiblesse. Parce que JE ne veux pas être dérangée dans mon confort, et non parce que je me soucie sincèrement et uniquement du bien-être de mon enfant.
Ce n’est pas de la gentillesse. Ce n’est pas de l’amour. C’est de l’attachement à mon confort émotionnel. C’est de la préoccupation de soi.
Vous trouvez que je suis dure ? Vous vous dites que je suis injuste avec moi-même ? Ou peut-être que je suis vraiment une mauvaise personne ?
Mais vous, vous n’êtes pas comme ça.
S’il vous plaît, ne restez pas à la surface de mon témoignage et essayez plutôt d’aller chercher au fond de vous ce qu’il y a. Y a-t-il de la préoccupation de soi cachée derrière vos actions, même les plus honorables en apparence ?
Et peu importe ce que vous y trouverez, n’oubliez pas que c’est juste une perturbation mentale et que vous pouvez l’abandonner. Ce n’est pas vous. C’est juste ce qui occupe votre esprit en ce moment.
🔍Pour aller plus loin :
👉À lire sur le blog : Connaissance de soi : Qui êtes-vous ?
👉Livre : Comment comprendre l’esprit — Guéshé Kelsang Gyatso
Déterminer ce qui est important
Ce n’est pas ce que l’on fait qui est important, mais pourquoi on le fait. Et ça, personne à part moi ne peut le savoir.
Je peux être la super nana trop sympa avec tout le monde, mais jouer ce rôle uniquement par préoccupation de moi-même.
Je peux aussi être la super nana trop sympa avec tout le monde, parce que je cultive un bon cœur en méditation et que je suis sincèrement préoccupée par le bien-être des autres.
Les actions seront les mêmes. En apparence, je ne change pas. Et pourtant ça n’a rien à voir.
Arrêtons de nous mentir. Reconnaissons que la plupart du temps, nos intentions sont tournées vers nous-mêmes et ce à quoi nous sommes attachés. C’est le confort émotionnel pour moi, cela peut être tout autre chose pour vous.
Jusqu’à présent tout ce que j’ai fait, même les actes les plus honorables, a été motivé par la préoccupation de moi-même.
Faire du bénévolat, s’occuper des autres, les soigner, aucune de ces actions n’est bonne en soi. C’est une bonne action uniquement si elle est motivée par une intention véritablement altruiste.
Si j’ai le sentiment de me sacrifier pour les autres, c’est que ma motivation initiale est égoïste. C’est que j’attends quelque chose en retour. Je ne le fais pas par pur souci de l’autre, mais par pure préoccupation pour moi-même et j’attends de recevoir quelque chose en retour, quoique ce soit (me donner bonne conscience, être bien vue, obtenir de la reconnaissance, etc.).
Y a-t-il un problème avec le fait de s’occuper des autres ? Non.
Y a-t-il un problème avec le fait de s’occuper des autres sur la base de la préoccupation de soi ? Oui. Car cet état d’esprit est la base même de toutes nos souffrances.
Ce que je comprends et que j’aime dans la tradition bouddhiste, c’est que la question n’est pas de savoir :
- Est-ce que c’est normal ?
- Est-ce que c’est bien ?
- Est-ce que c’est mal ?
- Est-ce que c’est vrai ?
- Est-ce que c’est naturel ?
La seule question à se poser est la suivante : EST-CE QUE C’EST BÉNÉFIQUE POUR MOI ET POUR LES AUTRES ?
Réponse oui = je garde, je cultive. 🌱
Réponse non = j’abandonne, je renonce. 🚮
La préoccupation de soi, est-ce bénéfique pour moi et pour les autres ?
Qu’en pensez-vous ?










