Apprendre à se connaître, oui ! Mais pas n’importe comment ! Nous avons la chance de vivre dans un pays et à une époque où l’introspection personnelle est possible, et même encouragée. C’est une occasion unique d’avancer vers plus de sérénité et de sagesse. Pourtant le chemin de la connaissance de soi est semé d’embûches et nous pouvons facilement nous y perdre. Il consiste souvent à explorer et comprendre ses comportements, son tempérament, ses pensées, ses forces et ses faiblesses. Est-ce réellement cela la connaissance de soi ? Pouvons-nous savoir qui nous sommes ?
Reconnaître que nous ne sommes pas qui nous croyons être
Une fois n’est pas coutume, commençons par un exercice.
🧘♀️Fermez les yeux et pensez à vous tel que vous vous percevez d’habitude. Concentrez-vous sur l’idée de vous que vous avez quand vous pensez « moi ». Quelle représentation apparaît à votre esprit ?
Si cette conception n’est pas claire, rappelez-vous une expérience au cours de laquelle vous avez ressenti une forte émotion. Du trac avant de devoir vous exprimer, de la honte face à quelqu’un, de la peur dans une situation inquiétante, de la colère face à quelqu’un qui vous agresse verbalement, ou en voiture, etc.
À cet instant là, dans ce décor que vous vous remémorez, quelle était votre perception de « moi » ?
Spontanément, dans notre expérience quotidienne, il s’agit la plupart du temps d’une conception figée, rigide, permanente et séparée du reste du monde.
Il y a ce « moi » qui est toujours le même et qui existe indépendamment de ce qui l’entoure. Je suis ici et le reste du monde est là-bas.
Et bien c’est une illusion !
Oui, ce « moi » rigide et existant indépendamment de tout ce qui l’entoure n’existe pas. Ce n’est pas moi, c’est juste une idée de moi, qui est fausse.
Connaissance de soi et identification incorrecte
Explorer nos qualités et nos défauts
Toute la journée, notre mental produit une succession d’images génériques de ce « moi » qui oscillent entre images positives et images négatives.
Démonstration :
👉️Si je vous demande : « qu’est-ce qui vous déplaît chez vous ? », que me répondez-vous ?
Par exemple :
- Je suis désorganisé et stupide.
- Je suis grosse et paresseuse.
- Je suis timide et dépendante.
- Je suis égoïste et exigeant.
- Je suis nul et obsessionnel.
Bref « je » ne suis pas à la hauteur.
👉️Si je vous demande : « qu’est-ce qui vous plaît chez vous ? », que me répondez-vous ?
Par exemple :
- Je suis doué dans mon travail et attentif aux autres.
- Je suis généreux et persévérant..
- Je suis mince et dynamique.
- Je suis reconnu et aimé.
- Je suis empathique et énergique.
Bref « je » suis quelqu’un de bien.
Comme si ces descriptions étaient fixes, figées, dans notre constitution. C’est comme ça, c’est moi. Des côtés positifs et des côtés négatifs, des forces et des faiblesses qui se livrent bataille dans notre tête sans fin.
Comme au jeu d’échecs, les pions blancs (idées de moi positives) et les pions noirs (idées de moi négatives) se livrent une guerre sans merci.
Nous faisons avancer nos pions blancs sur l’échiquier :
- j’ai eu une promotion, je suis doué dans mon travail ;
- j’ai aidé mes amis, je suis généreux ;
- je fais de la gym tous les jours, je suis persévérant. 🙂
Et nous découvrons qu’à la moindre occasion, une armée de pions noirs contre-attaque :
- j’ai raté cette présentation, je suis nul ;
- je ne suis pas allé courir, je suis paresseux ;
- je n’ai pas rappelé mon ami qui avait besoin de moi, je suis égoïste. 😞
Le fait est que nous gaspillons beaucoup de temps et d’énergie dans cette bataille sans fin et souvent féroce, car nous croyons que ces idées sont vraies, rigides et intrinsèques à notre personne, et nous nous identifions à elles.
Quand ce combat retient toute notre attention, il est difficile de se connecter à quoique ce soit d’autre. On se perd dans une préoccupation de soi permanente au lieu de s’engager pleinement dans l’existence.
Le piège de la connaissance de soi
⚠️Attention au piège : souvent lorsque l’on commence un travail pour améliorer la connaissance de soi, nous cherchons souvent à connaître ce « moi » qui n’existe pas… Et nécessairement, c’est un puits sans fond !
Nous réalisons des tests de connaissance de soi : je suis plutôt comme ci et comme ça, et nous nous confortons dans notre illusion de base sur l’existence indépendante et permanente d’un « moi ».
Nous nous identifions et nous attachons solidement à toutes ces images génériques que produit notre esprit à partir de ce qu’il se passe dans notre vie.
Il ne faut pas confondre se raconter des histoires et se connaître véritablement. On peut même méditer toute une vie sans avoir appris à se connaître…
Alors que nous devrions orienter notre introspection vers la façon dont nous existons. Si ce « moi » que je perçois à chaque instant de ma journée n’existe pas, alors je n’existe pas du tout ?????
Non bien entendu que j’existe !
Alors je dois tout simplement explorer : comment est-ce que j’existe ?
Vers une identification correcte de soi
Remettre en cause cette idée selon laquelle nous existons de manière intrinsèque peut être très difficile à envisager et à accepter, tant cette représentation nous est familière et tant nous y sommes attachés.
Et puis, vient justement la question : mais si je n’existe pas tel que je m’apparais, comment est-ce que j’existe ?
Cette absence du « moi » qui m’accompagne depuis toujours peut de plus générer beaucoup d’angoisse.
C’est comme garer sa voiture dans un parking, retenir le numéro de place : Allée B place 52. Aller faire ses courses. Et lorsque nous revenons, il n’y a plus de voiture à la place B52.
Cela peut être terriblement angoissant. Mais aussi libérateur…
Si je ne suis pas un être qui existe de manière autonome et intrinsèque, je suis un être qui n’existe qu’en dépendance de causes et conditions qui changent d’instant en instant.
Mon corps change d’instant en instant, mon esprit change d’instant en instant (c’est l’impermanence), en fonction de causes et conditions qui m’entourent et créent ce que je suis à cet instant (c’est l’interdépendance ou la coproduction conditionnée).
Et bien entendu, les causes et conditions changent sans cesse, ce qui fait que je change aussi d’instant en instant.
Je ne suis que :
- changement ;
- en fonction de ce qui se passe autour de moi et en moi.
Et non ce « moi » rigide qui m’apparaît habituellement.
👉️Mon point de vue :
Dans l’absolu, je n’ai pas une identité fixe.
J’ai simplement une identité conventionnelle (et administrative) qui sert à communiquer les uns avec les autres et à se comprendre, mais qui n’est pas la façon dont j’existe vraiment.
Je peux (je dois même) continuer à utiliser ces éléments conventionnels (mon nom, l’endroit où j’habite, ma catégorie socio-professionnelle, ma situation maritale, etc.) sans m’identifier à cette description.
En réalité, je suis :
- la capacité d’aimer ;
- la capacité d’être présente ;
- la capacité de percevoir ;
- la capacité de créer ;
- la capacité d’apprendre ;
- la capacité de transmettre ;
- la capacité de s’émerveiller ;
- etc.
Quel que soit mon état, même si je suis en soins palliatifs, j’ai toujours la capacité de ressentir et de donner de l’amour, d’être pleinement présente, de créer, d’apprendre, de transmettre, de m’émerveiller…
Et n’est-ce pas libérateur ?
👉️Pour aller plus loin : découvrez qui suis-je ?
Avertissement : cet article retranscrit ce que je comprends de mes différentes lectures et de ma propre introspection personnelle. Il s’agit uniquement de mon point de vue et non d’un enseignement officiel. Libre à vous de trouver cela pertinent ou non…
Sources :
- « Le piège du bonheur » édition illustrée — Dr Russ Harris
- « Psychothérapie du trouble borderline » — Déborah Ducasse et Véronique Brand-Arpon
- « On est foutu on pense toujours trop » — Dr Serge Marquis











